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Dans le quotidien avec les enfants, certaines situations très simples viennent illustrer des mécanismes profonds. Ce sont souvent ces moments-là qui parlent le plus.
Après une partie de jeu de société avec mes enfants, j’ai senti la tension monter. Mon plus jeune, âgé de 4 ans, était particulièrement agité, frustré par le jeu.
De mon côté, je commençais moi aussi à me tendre. Je suis quelqu’un de sensible à l’ambiance émotionnelle, et je sentais bien que l’agitation environnante m’impactait directement.
Plutôt que de chercher à calmer immédiatement mon enfant par des mots ou des consignes, j’ai choisi de m’asseoir et de prendre un coloriage. Un moment simple et anodin, mais qui m’a permis de ralentir et de revenir à quelque chose de plus posé.
Très rapidement, mon enfant s’est approché. Il m’a observée, puis s’est installé à son tour pour colorier. Progressivement, son agitation est redescendue. Sans intervention directe, sans injonction à se calmer, l’apaisement est venu.
Ce type de situation illustre ce que l’on appelle la corégulation.
Une régulation qui se construit à deux
La corégulation désigne le processus par lequel un adulte aide un enfant à réguler ses émotions et son état interne, notamment à travers sa propre présence, son attitude et son état de calme.
Chez le jeune enfant, le système nerveux est encore en développement. Les zones du cerveau impliquées dans la gestion des émotions, comme le cortex préfrontal, ne sont pas encore suffisamment matures pour permettre une régulation autonome, surtout dans des moments d’intensité émotionnelle.
Cela signifie concrètement qu’un enfant ne peut pas, de manière fiable, se calmer seul lorsqu’il est submergé. Il a besoin de s’appuyer sur un adulte pour retrouver un état de sécurité et d’apaisement.
C’est ici que la corégulation prend tout son sens.
L’enfant perçoit, souvent de manière très fine, l’état émotionnel de l’adulte. Lorsque celui-ci parvient à se réguler, en ralentissant, en posant sa respiration, en adoptant une posture plus calme, il envoie des signaux de sécurité.
Ces signaux peuvent être intégrés par l’enfant, qui va alors progressivement s’apaiser à son tour.
Dans l’exemple du coloriage, ce n’est pas l’activité en elle-même qui a « calmé » mon enfant, mais le fait que je me sois d’abord régulée. Le coloriage a simplement servi de support concret à ce retour au calme.
À partir de quel âge un enfant se régule seul ?
La régulation émotionnelle est un processus progressif. Il ne s’agit pas d’une capacité qui apparaît d’un coup à un âge précis.
Cependant, les connaissances actuelles en développement de l’enfant permettent de poser quelques repères.
Avant environ 6 à 7 ans, un enfant ne dispose généralement pas encore d’une capacité stable et autonome de régulation émotionnelle. Il peut parfois se calmer seul, mais cela reste fragile et très dépendant du contexte.
À partir de cet âge, avec la maturation cérébrale et les apprentissages, l’enfant commence à développer des stratégies plus efficaces pour gérer ses émotions. Il devient progressivement plus autonome, tout en ayant encore besoin, dans certaines situations, du soutien de l’adulte.
Cette capacité continue ensuite de se développer tout au long de l’enfance et de l’adolescence.
Pour un enfant de 4 ans, comme dans mon exemple, il est donc tout à fait attendu qu’il ait encore besoin de corégulation pour traverser ses émotions.
Des applications concrètes au quotidien
Comprendre la corégulation change profondément la manière d’accompagner un enfant.
Plutôt que de chercher à obtenir immédiatement un comportement calme, il devient possible de porter attention à son propre état interne.
Cela peut passer par des gestes simples :
s’asseoir, ralentir, respirer plus profondément, proposer une activité apaisante, ou simplement être présent de manière contenante.
Ces ajustements ne sont pas des techniques au sens strict, mais des manières d’incarner un état de sécurité.
L’enfant, en s’appuyant sur cet état, va progressivement apprendre à faire de même. C’est ainsi que se construit, peu à peu, l’autorégulation.
Une nuance importante
Il serait réducteur de penser qu’un enfant « ne sait pas du tout » réguler ses émotions avant un certain âge. Dès les premières années, il développe des formes de régulation, mais elles sont encore immatures et fortement dépendantes de l’environnement.
L’enjeu n’est donc pas de rendre l’enfant autonome le plus vite possible, mais de lui offrir suffisamment d’expériences de corégulation pour qu’il puisse, avec le temps, intégrer ces capacités.
C’est un apprentissage progressif, qui repose autant sur la répétition que sur la qualité de la présence adulte.
Vers une approche plus consciente
Ces moments du quotidien, comme un simple temps de coloriage, peuvent devenir de véritables appuis. Ils rappellent que l’apaisement ne passe pas uniquement par ce que l’on dit ou ce que l’on demande à l’enfant, mais aussi, et surtout, par ce que l’on incarne.
Prendre soin de son propre état n’est donc pas un détour. Au contraire, il s'agit souvent d'un point de départ.
Je parle également de cette notion de corégulation et de l’usage d’activités créatives comme support d’apaisement dans une vidéo sur ma chaîne YouTube dédiée à l’art et à la thérapie.
Le lien de la vidéo est juste ici, et j’aborde ce point à 10 min 40.
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